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Jeudi 5 octobre 2006 4 05 /10 /Oct /2006 23:14

Nyme.

J'avais fait un blog, mais j'ai perdu le mot de passe. Alors je ne peux pas y mettre mes textes.

Pas grave, je vais les coller ici !

     

 

Couleur Clémentine   

 

Clémentine était une petite sorcière très jolie. Elle était née avec des cheveux couleur clémentine, et c’était là l’origine de son prénom. Un très beau prénom. En grandissant, ses cheveux avaient changé de teinte ; ils avaient pris une couleur abricot. Une très belle couleur. Pour certains, tout ça, les clémentines, les abricots, c’est comme les carottes, c’est orange. Pour d’autres, Clémentine avait des cheveux roux, un point c’est tout. Mais la petite sorcière faisait bien la différence, et cette couleur inadéquate la rendait parfois chagrine.

 

 

Clémentine en avait parlé à sa mère. Cette dernière connaissait une potion magique, à base d’herbes, qui change la couleur des cheveux. Malika, la sorcière qui tenait l’épicerie du coin, ouverte tard le soir, en vendait, sous le nom de henné. Beaucoup de sorcières en utilisaient pour réchauffer leurs chevelures de reflets cuivrés. Mais Clémentine aimait la teinte naturelle de sa chevelure, ce roux vif et brillant qui lui valait tant de compliments, et elle ne voulait pas en changer.

 

 

 Clémentine en avait parlé à son père. Ce dernier savait que les grand sorciers de l’état civil avaient le pouvoir de changer les prénoms. Il avait proposé à Clémentine d’écrire une formule magique sur un papier libre, et de l’envoyer aux grands sorciers de l’état civil. Ils pouvaient transformer le nom de Clémentine en Abricotine. Mais Clémentine ne voulait pas peiner ses parents en rejetant le prénom qu’ils lui avaient choisi. De plus elle aimait son prénom, et elle ne voulait pas en changer.

 La jeune sorcière garda donc ses cheveux couleur abricot, son prénom, Clémentine et son humeur parfois chagrine.

 Jusqu’au jour où elle croisa dans le métro une vieille sorcière qui, la voyant tristounette, lui fit compliment de sa belle chevelure couleur abricot. Clémentine eut un vague sourire de remerciement. « Comment t’appelles-tu, mon enfant ? » Lui demanda la dame. « Clémentine. » répondit Clémentine, la gorge nouée. « Ah ! Je comprends ! C’est un très beau prénom ! » La dame était sincèrement navrée et semblait avoir deviné le chagrin de la petite fille. « Moi aussi, je m’appelle Clémentine, et regarde, mes cheveux sont tous blancs ». Clémentine, la jeune, indiqua à Clémentine, la vieille, l’adresse de Malika, qui vendait la potion magique pour avoir des cheveux Clémentine. « A mon age ? Non, merci, j’aime bien mieux mes cheveux blancs. » Alors Clémentine, la jeune, indiqua à Clémentine, la vieille, la possibilité d’un recours aux sorciers de l’état civil. Elle pouvait demander à s’appeler Blanche, par exemple. Ou Neige, ce qui était plus original. Clémentine la vieille refusa d’un bloc « A mon age ? Prendre un autre nom ? Et puis j’aime mon nom. Mais pour toi, il y a peut-être une solution. Je connais une formule qui peut changer pas mal de choses. Bon, c’est une formule interdite, bien sûr. Il ne faudra dire à personne que j’y suis pour quelque chose si tu remarques quoi que ce soit demain matin. Ah ! C’est ici que je descends ! Au revoir, Clémentine ! » Et la vieille Clémentine disparu comme par enchantement.

 

 

Depuis ce jour là, sans qu’on sache pourquoi, les clémentines sont couleur abricot, les abricots prennent en mûrissant une teinte clémentine, et la jeune sorcière Clémentine n’est plus du tout chagrine.

 

 

D’ailleurs la plupart des gens ignorent qu’il en fut un jour autrement.

  

 

 

 

 

 

Un grincement sinistre dans la nuit

 

 

 

 

 

 

 

Quand l’infirmière rentrait chez elle, après les gardes de nuit, ça réveillait son mari. Le grincement strident du portail rouillé. Il se retournait dans son lit en grondant, se rendormait aussitôt. Mais le lendemain, il se plaignait à sa femme. Il projetait de graisser les gonds.

 

 

 

Quand l’infirmière rentrait chez elle, après les gardes de nuit, sa petite fille dormait encore. Alors, pour ne pas la réveiller, elle ouvrait la porte avec mille précautions, traversait le hall à pas feutrés. Elle prenait une douche silencieuse. Puis elle se préparait un café muet, qu’elle buvait sans bruit. Sans cogner les bols, elle dressait la table du petit déjeuner. Petit déjeuner qu’elle prendrait avec sa fille, tout à l’heure. Il lui restait une bonne demi-heure de lutte contre le sommeil, seule, avec le chuintement du poste de radio jaune de la cuisine, volume minimum. Elle attendait le lever de la gamine. Elle tenait à partager ces moments privilégiés. Elle pensait souvent à la chanson « quand ceux qui se couchent tard le soir croisent ceux qui se lèvent tôt le matin… ». Ensuite, ensembles, recroquevillées sur leurs bols respectifs, elles parleraient peu, l’une encore mal réveillée, l’autre déjà presque endormie. De rares fois, la mère avait cédé au sommeil, était allée se coucher, avait finalement mal dormi. L’impression de perdre quelque chose, le sentiment de l’irréparable. 

 

 

 

Quand l’infirmière rentrait chez elle, après les gardes de nuit, sa petite fille faisait semblant de dormir. De son lit, elle entendait le portail du jardin grincer. Elle écoutait les pas rapides, toujours les mêmes, sur les dalles de l’allée, avec un ton différent les jours de pluie. Elle suivait le bruit de la clé tournée, clic, lentement dans la serrure, clac, et la porte ouverte au ralenti. Parfois elle s’endormait avant que la porte ne soit refermée. Parfois c’était en écoutant la musique de la douche ou le crachouillis de la cafetière électrique. Ces dernières minutes de sommeil étaient les meilleures. Elles duraient à la fois trois secondes et huit heures. D’elles, dépendait toute sa nuit. Un léger grattement à la porte : sa mère qui venait la réveiller pour qu’elles partagent le petit déjeuner.

 

 

 

Cette nuit-là, la petite fille n’avait pas entendu le portail grincer. Le silence sinistre la réveilla en sursaut. Elle resta quelques secondes immobile, l’oreille tendue. Aucun bruit. Impossible de dormir. Alors elle se leva, enfila sa robe de chambre et ses pantoufles, et descendit vers la cuisine.

 

 

 

« Maman, tu es là ?

 

― Bien sûr, je suis là. Mais toi, pourquoi es-tu debout si tôt ? Ce n’est pas l’heure encore. Tu aurais pu dormir encore un peu. Tu as fais un cauchemar ? »

 

 

 

La gamine vint se blottir sur le genoux de sa mère. Elle l’enlaça et nicha sa tête au creux de son épaule, comme une toute petite fille qui a besoin d’être consolée. Ça fait plusieurs année qu’elle n’a pas fait ça. Elle murmure :

 

« Je ne savais pas si tu étais revenue. Je n’ai rien entendu quand tu es rentrée.

 

― C’est le portail que tu n’as pas entendu ? C’est normal, il a été huilé hier.

 

― C’est papa qui a fait ça ?

 

― Oui, lui aussi l’entendait. Ça le réveillait à chaque fois.

 

― Il aurait pu m’en parler. Moi, c’est ce qui me permettait de bien dormir ! »

 

La fillette avait dit ça avec colère. Elle repris plus calmement :

 

« Mais, à force, l’huile va partir ? Dans quelque temps, il grincera à nouveau ?

 

― Sans doute. Mais tu vas aussi probablement t’habituer au silence, ma chérie. Et puis je vais peut-être  bientôt changer de service. Je préfèrerais ne plus travailler la nuit, tu sais. Allez, je vais préparer ton chocolat. »

 

 

Par Nyme - Publié dans : Auteurs
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